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Cœur et sport

24 juin 2008

Signes cardiovasculaires de surentraînement chez le sportif

J.-C. VERDIER, Institut Cœur effort Santé, Paris


Les Journées internationales de cardiologie
Le surentraînement guette l’ensemble des pratiquants assidus quel que soit leur niveau. Il en est ainsi de M. Dupont, coureur occasionnel décidant de participer au marathon de New York en suivant un programme de préparation en 4 semaines (vanté dans un journal spécialisé), et ce malgré une charge de travail importante et un temps de sommeil limité, candidat au surentraînement ! De la même façon, un sportif de haut niveau, volontariste et stimulé à l’excès, peut atteindre des charges de travail très importantes entre les séances « fondamentales », les séances d’entraînement spécifique, les séances de récupération, les séances de renforcement musculaire (figure 1). D’autant plus que le principe de « dépassement ou overreaching » avec déplétion des réserves énergétiques suivie par une surcompensation est maintenant utilisé dans l’entraînement.

Figure 1. Performance : évolutions possibles en fonction des sollicitations : (A) programmation bénéfique ; (B) programmation néfaste. Le surentraînement, quand y penser ? Une récupération incomplète dans les 72 heures suivant une séance d’entraînement doit déjà éveiller l’attention du sportif et de son encadrement : s’agit-il d’un simple surmenage ou du premier signe de surentraînement ? Tant la limite est étroite entre une charge de travail efficace et une charge de travail conduisant à un état de surentraînement. Dans tous les cas, il ne faut pas restreindre l’origine du surentraînement à la seule charge de travail physique : des stress psychologiques ou une infection peuvent se surajouter et transformer un entraînement, intense mais adapté, en surentraînement. Les deux grands types de surentraînement : • La première phase de surentraînement est une fatigue passagère, overtraining, régressant en une à deux semaines d’allégement de la charge d’entraînement. Sur le plan cardiovasculaire, on constate une élévation de la fréquence cardiaque (FC) et de la tension artérielle (TA) de repos. Lors de l’épreuve d’effort, la pente reliant la FC à la charge imposée (FC/W) se majore et la cinétique de la FC en récupération est altérée. • Si cette première phase de surentraînement n’a pas été détectée, la fatigue s’accumule et les désordres se majorent : il s’agit du syndrome de surentraînement ou fatigue chronique. On note alors une altération durable des performances malgré un allègement du programme d’entraînement. Le diagnostic repose avant tout sur des modifications du comportement : anxiété, irritabilité, manque de confiance en soi, fatigue inhabituelle associés à une perte de l’appétit, voire une perte du sommeil. On parle alors d’asthénie neurophysiologique qui ne se corrige qu’après plusieurs mois de repos. Sur le plan cardiovasculaire, des déséquilibres neurovégétatifs apparaissent, à prédominance sympathique ou parasympathique, associés à une baisse de la variabilité de la FC et de la TA.   Apports de l’étude de la variabilité Certains auteurs considèrent qu’il existe un continuum entre la phase sympathique, témoin d’une résistance aux contraintes, et la phase parasympathique signant l’épuisement. D’autres auteurs observent une distribution des formes en fonction des spécificités sportives : • forme à dominante sympathique chez les sujets pratiquant une activité de force ou de vitesse ; • forme à dominante parasympathique chez des sujets pratiquant une activité d’endurance. Ces constatations ont conduit à tenter d’utiliser l’analyse spectrale de la FC pour le diagnostic du surentraînement, voire sa prévention. De nombreux travaux ont été réalisés, visant à inclure ce paramètre dans le suivi de l’athlète. Sans entrer dans le détail des techniques utilisées dans le domaine fréquentiel (transformée de Fourier, méthodes des ondelettes, analyse des composants fractals), la technique repose sur les modifications des composantes basses fréquences (LF) et hautes fréquences (HF) de la FC, respectivement représentatives des systèmes sympathique et parasympathique ; le rapport LH/HF étant le témoin de la balance sympathique/parasympathique (corrélée avec le rapport adrénaline/noradrénaline). Les résultats concernant la performance, la fatigue et la tolérance au repos forcé sont maintenant bien établis (tableau). Les limites de la variabilité Qu’en est-il lorsque le sujet est « encore » performant mais déjà en début de surentraînement ? Que dire des modifications observées en période « d’affûtage » : traduction d’un excès d’entraînement ou expression des conséquences physiologiques d’une surcharge d’entraînement programmée, habituelle en cette phase de pré-compétition ? On comprend bien qu’il est difficile de relier l’évolution neurovégétative d’un sujet aux multiples biorythmes qui le caractérisent. En pratique, ces techniques de monitoring ne sont utilisées avec succès que dans des centres très spécialisés, le sujet étant son propre témoin. Leur développement, au même titre que tout autre moyen du diagnostic précoce de surentraînement est important pour prévenir la tentation du dopage.   En pratique   Le diagnostic de surentraînement ne peut être porté sur la seule analyse des paramètres cardiovasculaires et nécessite une approche globale, en particulier clinique et environnementale, aidée par l’utilisation de questionnaires adaptés. Les modifications neurovégétatives secondaires à une charge de travail excessive peuvent s’exprimer sous deux formes : - la forme sympathique avec troubles du comportement, instabilité émotionnelle, perte du sommeil et FC et TA de repos plus élevées ; - la forme parasympathique, asthénique, avec fréquentes hypoglycémies et FC et TA de repos plus basses ainsi qu’une altération du baroréflexe (Tilt test). Dans tous les cas, lors de la pratique d’une épreuve d’effort, un abaissement de FC max et TA max est suspecte, surtout si W max et pic VO2 (ml/kg/min) le sont aussi. Enfin, il ne faut pas oublier que toutes ces observations relatives au surentraînement sont transposables du milieu sportif au milieu professionnel : stress et burn out.

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