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Diabéto-Cardio

Publié le 08 nov 2022Lecture 3 min

La consommation régulière et (très) modérée d’alcool réduit bien la morbi-mortalité globale et cardio-métabolique - Un revirement de la GBDS

Jean-Louis SCHLIENGER, Strasbourg

La GBDS a pour objectif d’évaluer le fardeau global sur la santé de 369 maladies et 88 facteurs de risque à l’échelle planétaire (204 pays et territoires, près de 30 millions de sujets, 1 800 collaborateurs). Développée depuis le début des années 1990 par des chercheurs de l’Université de Harvard sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé avec le soutien de la Fondation Melinda et Bill Gates, cette étude basée sur des revues systématiques et des métaanalyses offre un aperçu universel de l’impact des maladies. Le DALY (Disability-Adjusted Life Year – Espérance de vie corrigée de l’incapacité) qui quantifie le nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause de la morbi-mortalité était l’outil principal de mesure. Entre autres, la GBDS s’est intéressée aux effets de la consommation de boissons alcoolisées sur la santé.

Dans une première étude parue en 2018, la GBDS avait conclu que la consommation d’un seul verre par jour (10 g d’alcool) majorait de 0,5 % le risque d’être atteint par l’une des 23 maladies associées à la consommation d’alcool sans avoir d’effet bénéfique sur l‘incidence d’autres maladies(1), écartant du même coup l’assertion étayée par de nombreuses études observationnelles de bonne qualité qu’une consommation modérée et régulière d’alcool était associée à un effet bénéfique sur l’incidence des maladies cardio-cérébro-vasculaire et du diabète. Ce constat en contradiction avec la doxa méritait d’être nuancé. C’est chose faite dans cette nouvelle version de la GBDS qui visait à déterminer les seuils de consommation d’alcool à faible risque en fonction de l’âge et du sexe chez des sujets âgés de 15 à 95 ans en tenant compte cette fois du taux de fond des maladies et en élargissant la métaanalyse des données de consommation à toutes les publications parues jusqu’en décembre 2019. Des courbes de risque relatif dose-réponse pondérées du fardeau pour 22 critères de jugement de la santé ont été élaborées pour estimer le niveau minimal théorique d’exposition au risque (TMREL) et l’équivalence « hors buveur » (EMI), qui correspond au niveau de consommation pour lequel le risque pour la santé est équivalent à celui d’un abstinent. Le TMREL varie de 0,114 à 1,75 verre standard par jour chez l’ensemble des sujets. L’EMI qui définit le seuil de nocivité varie entre 0,002 et 1,75 (IC95% : 0,698-4,30) boisson standard par jour. La courbe de risque en forme de « J » suggère que la consommation d’alcool est associée à une possibilité de minoration du risque pour la santé (figure). Courbe en J entre le risque de morbi-mortalité et la quantité d’alcool exprimée en verres ou en grammes. Les sujets dépassant les seuils de nocivité étaient des hommes (76 %) âgés de < 40 ans (59 %). Jusqu’à 1,87 verre standard par jour la quantité d’alcool semble avoir un effet bénéfique ou protecteur qui est le plus apparent dans les populations européennes âgées de plus de 40 ans dont le risque cardiovasculaire et métabolique est plus élevé. En revanche, l’effet protecteur est quasi nul chez les personnes de moins de 40 ans ou habitant des pays peu développés. Ces résultats contredisent la précédente étude puisque les auteurs reconnaissent qu’une consommation modérée d’alcool réduit les risques pour la santé. La différence avec la première GBDS est due à une nouvelle méthode de pondération des courbes de risque en fonction de la prévalence de la maladie sous-jacente et en fonction de l’âge. Le bénéfice observé chez les sujets plus âgés s’explique par un déplacement du fardeau des maladies liées à l’alcool vers les maladies cardio-métaboliques et le cancer. Toutefois, le fait qu’une consommation modérée d’alcool réduise le DALY dans des populations ciblées ne doit pas inciter à encourager la consommation d’alcool. D’un point de vue de santé publique, la consommation ne doit être ni encouragée ni prohibée pour peu qu’elle soit régulière et modérée (< 2 verres standards/jour quel que soit le sexe) dans le respect des contre-indications formelles classiques (enfants, adolescents, grossesse, conducteurs de machine et anciens addicts à l’alcool repentis). En pratique, la consommation raisonnée d’alcool peut s’avérer bénéfique chez les sujets à risque cardiovasculaire ou métabolique, en particulier en cas de DT2. Saluons le fait que les épidémiologistes du GBDS soient allés à Canossa et rappelons qu’il y a un bien boire comme il y a un bien manger, y compris chez les sujets diabétiques. Publié par Diabétologie Pratique

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