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L'ESPRIT DE LUGDUNUM

15 mar 2021

Et nous, nous sommes

Patrick LERMUSIAUX, Service de chirurgie vasculaire et endovasculaire, Hospices civils de Lyon, CHU de Lyon

Lorsque j’étais en sixième, notre professeur de dessin nous avait demandé de représenter le métier que nous aimerions faire plus tard. Bien évidemment, la majorité des garçons griffonnait un avion de chasse. Pourtant, l’un de mes camarades a dessiné un cœur. Aujourd’hui, il fait partie des meilleurs rythmologues français. Savoir ce que l’on fera plus tard dès l’âge de 10 ans est sans aucun doute l’exception.

En terminale, la lecture d’un livre consacré à Max Planck et à la physique quantique, m’avait persuadé que mon destin était là. Mais voilà, j’ai vite compris que mon niveau en mathématiques ne me permettrait sans doute pas de faire de grandes découvertes ! Aussi, et sans l’ombre d’une vocation, je m’inscrivais en médecine. Pas de bol, le numerus clausus avait été instauré l’année précédente. Finalement, je ne m’en tirais pas trop mal car pour réussir en médecine il faut une seule qualité, vous la connaissez, c’est une grande capacité de travail. Par contre, l’intelligence, la curiosité, l’inventivité ne semblent pas nécessaires, en tout cas elles ne sont jamais évaluées. Aucune voyante ne pourra dire, lors de votre entrée en médecine, dans quelle ville et dans quelle spécialité vous exercerez 15 ans plus tard. Rencontrer la bonne personne Lors d’un stage d’externe en chirurgie digestive, j’ai eu la chance de rencontrer un patron qui utilisait du Prolene® pour ses sutures digestives, alors qu’à cette époque les chirurgiens en étaient encore à l’aiguille de Reverdin et au Catgut. C’est sans doute le jour où il a réalisé, assisté d’un jeune chef de clinique qui avait fait un stage de vasculaire à l’hôpital Saint-Joseph, un pontage aorto-mésentérique, que, s’en m’en rendre compte, j’ai attrapé le virus. Reçu à l’internat, il fallait bien choisir une spécialité, mais laquelle ? Même si je n’avais aucune vocation au départ, il fallait se rendre à l’évidence, j’adorais la médecine et la chirurgie. Je faisais donc mon premier stage en gynécologie obstétrique avec l’idée théorique de faire à la fois de la chirurgie et de la médecine, en particulier de l’endocrinologie. Parmi les chefs de clinique, l’un d’entre eux était en attente d’un poste de chef en chirurgie digestive. Et ce fut la révélation. Il n’y avait pas photo entre lui et ses collègues. Il opérait remarquablement bien. C’était décidé, mon prochain semestre s’effectuerait en chirurgie digestive. Je ne suis plus jamais retourné en gynéco-obstétrique. De stage en stage, certains attachés pratiquaient la chirurgie vasculaire, et ma décision fut prise. Mais à cette époque, il fallait être vieil interne et bien classé pour obtenir un service de chirurgie vasculaire. En attendant, on passait en chirurgie cardiaque et l’on pouvait prendre une année de disponibilité pour un choix hors CHU. Aucun d’entre nous n’a le même parcours Nous sommes tous très différents, il y a des hommes, il y a des femmes, nous n’avons pas le même âge, nous n’avons pas les mêmes gènes, nous n’avons pas reçu la même éducation, n’avons pas les mêmes croyances, ni le même parcours, nous vivons dans des villes différentes, et pourtant nous avons choisi la même spécialité. Qu’est-ce qui a guidé votre choix ? Mais êtes-vous si sûr d’avoir choisi la chirurgie vasculaire. Ne pensez-vous pas plutôt que c’est elle qui vous a choisis, comme dans un pré la plus belle rose attire toutes les abeilles. C’est une DRH très exigeante. Certes, elle est très ouverte à la différence, mais des qualités sont requises. En particulier, il faut être travailleur et obstiné. Parfois elle n’hésite pas à vous trahir. Souvenez- vous de ce pontage qui a duré plusieurs heures… vous avez tout donné et pourtant il thrombose le soir même. Malgré un blues de quelques jours, vous reprenez confiance et vous repartez de nouveau. Beaucoup de chirurgiens ont la nostalgie du temps passé et « des internes de cette époque qui étaient évidemment bien meilleurs que ceux de maintenant ». Je ne partage absolument pas ce point de vue. Les internes et assistants de chirurgie vasculaire se lèvent tôt le matin, terminent tard le soir, enchaînent les jours et les nuits de bloc, et ont à coeur d’apprendre au mieux leur métier. La chirurgie vasculaire, comme nous, les a choisis, dès leurs premiers pas jusqu’à aujourd’hui, alors il n’est pas étonnant qu’elle garde le même niveau d’exigence et que l’on se reconnaisse en ses chirurgiens. Alors nous, nous sommes…

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