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HTA

Publié le 01 fév 2022Lecture 4 min

Désordres hypertensifs de la grossesse et risque d’hypertension artérielle permanente

Valérie OLIÉ1, Grégory LAILLER1, Jacques BLACHER2, 1. Santé publique France 2. Unité hypertension artérielle, prévention et thérapeutique cardiovasculaires, Hôtel-Dieu ; AP-HP ; Université de Paris

Depuis une quinzaine d’années en France les maladies cardiovasculaires ne cessent d’augmenter chez les femmes jeunes et sont récemment devenues la première cause de mortalité maternelle(1,2). Au-delà du tabac en grande partie responsable de ces tendances défavorables, certains facteurs de risque liés au sexe ont également un impact significatif sur le risque cardiovasculaire des femmes. Parmi ces derniers, les désordres hypertensifs de la grossesse (DHG) exposent les femmes à des complications à court terme pendant la grossesse, mais également à beaucoup plus long terme, jusqu’à plusieurs dizaines d’années après l’accouchement. Ces DHG regroupent l’HTA chronique préexistante à la grossesse, l’HTA gestationnelle, la prééclampsie, le HELLP syndrome et l’éclampsie (tableau 1). Si plusieurs études internationales ont mis en évidence ce lien statistique entre les DHG et le risque cardiovasculaire des femmes, aucune donnée française n’avait montré et quantifié ce risque.

• L’étude Conception, un coup de projecteur sur les grossesses des femmes Récemment, l’étude Conception, une vaste étude réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), a permis d’apporter de nouvelles données françaises sur la fréquence des DHG et les complications cardiovasculaires liées à ces désordres(3). Cette étude a inclus entre 2010 et 2018 l’ensemble des femmes ayant accouché en France, soit plus de 6 millions de grossesses. • Plus de 60 000 grossesses par an sont affectées par un désordre hypertensif Sur cette période, environ 62 000 grossesses par an étaient affectées par un DHG soit 7,4 % des grossesses (tableau 1). Les DHG étaient plus fréquemment observés chez les femmes primipares (8,4 %) que chez les multipares (6,5 %). L’HTA gestationnelle, définie comme une pression artérielle supérieure à 140/90 mmHg à partir de 20 semaines d’aménorrhée survenant en l’absence d’HTA préexistante était le DHG le plus fréquent de la grossesse puisqu’elle affectait 4,2 % des grossesses. La prééclampsie définie comme une élévation de la pression artérielle supérieure à 140/90 mmHg associée à une protéinurie à partir de la 20e semaine d’aménorrhée touchait 2,4 % des grossesses et l’HTA chronique préexistante 1,7 %. Parmi ces DHG, la prééclampsie constitue le désordre hypertensif le plus redouté en raison du risque important de complications immédiates pour la mère (HELLP syndrome et éclampsie) et le foetus. Dans cette étude le risque de développer une prééclampsie était 6 fois plus élevé chez les primipares ayant une HTA chronique préexistante à la grossesse comparativement aux femmes sans HTA chronique. • Le risque d’HTA permanente à court terme : ne pas négliger l’HTA gestationnelle Le suivi de 2,5 millions de femmes primipares exemptes d’HTA préexistante de cette cohorte pendant 4 ans en moyenne après leur accouchement a permis de mettre en évidence un risque significativement accru d’HTA permanente après l’accouchement chez les femmes ayant présenté une HTA gestationnelle ou une prééclampsie par rapport à des femmes n’ayant pas présenté de désordres hypertensifs (figure 1)(4). L’HTA gestationnelle, pourtant considérée comme étant de moindre gravité pendant la grossesse, pourrait constituer un facteur de risque quasiment équivalent à celui de la prééclampsie dans la survenue de complications chroniques à l’issue de la grossesse, notamment d’HTA permanente (figure 2). Le risque de développer une HTA chronique après la grossesse était néanmoins très supérieur à celui conféré par l’HTA gestationnelle lorsque la prééclampsie était précoce (20 % des cas de prééclampsie), sévère (40 % des cas de prééclampsie), ou associée à un petit poids de naissance par rapport à l’âge gestationnel. • Un lien direct entre DHG et HTA permanente ? Autre résultat innovant : la durée de la prééclampsie était positivement associée au risque de développer une HTA chronique. Ainsi, plus la durée entre le début de la prééclampsie et l’accouchement était longue, plus le risque de développer une HTA chronique à l’issue de la grossesse était élevé. Ce résultat renforce l’hypothèse d’une possible toxicité vasculaire des phénomènes physiopathologiques liés à la prééclampsie. Ainsi, en plus des facteurs de risque communs entre les DHG et l’HTA permanente, il existerait un lien direct et quantitatif entre les dommages vasculaires causés par la prééclampsie chez la mère et le développement d’une HTA permanente après la grossesse. Parce qu’ils sont très probablement révélateurs d’une susceptibilité vasculaire accrue, les DHG doivent aujourd’hui être considérés comme un facteur de risque au même titre que les facteurs de risque classiques même s’ils ne sont pas (encore) intégrés aux échelles de risque classique. En effet, au-delà de l’HTA, plusieurs études internationales ont montré que les femmes ayant été affectées par un DHG avaient un risque accru d’événements cardiovasculaires précoces (infarctus du myocarde, AVC…), indépendamment des autres facteurs de risque cardiovasculaires. • Quel suivi pour les femmes ayant présenté un désordre hypertensif de la grossesse ? Les recommandations de la Société française d’hypertension artérielle et du Collège national des gynécologues-obstétriciens proposent chez ces femmes une consultation d’information et d’annonce à l’issue de la grossesse, puis un suivi régulier de la pression artérielle et une évaluation et une prise en charge des autres facteurs de risque cardiovasculaires(5). Les données de l’étude Conception ont aussi mis en évidence que les femmes ayant eu une prééclampsie ou une HTA gestationnelle avaient un recours aux soins plus important que les femmes sans DHG. En effet, près de 91 % des femmes avec une prééclampsie consultaient un médecin généraliste et 10 % un cardiologue dans l’année suivant l’accouchement contre 85 % et 1 % respectivement chez les femmes sans DHG. Liens d’intérêt : VO et GL ne déclarent aucun lien d’intérêt. JB déclare avoir des liens d’intérêt avec Abbott, Amgen, Astellas, AstraZeneca, Bayer, Boehringer Ingelheim, Bouchara-Recordati, Daiichi Sankyo, El Kendi, Ferring, Gilead, Icomed, Medexact, Medtronic, Merck Serono, Novartis, Novo Nordisk, Quantum Genomics, Sanofi-Aventis, Saint Jude, Servier, Teriak, pour des interventions ponctuelles.

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