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Cardiologie générale

15 déc 2020

Évaluation cardiovasculaire de sportifs handicapés évoluant en basket handisport

Richard MONIN, Clinique « La Parisière », Bourg-de-Péage

Depuis de nombreuses années, on assiste à une intégration importante des handicapés physiques dans la pratique sportive. Le basket-ball en fauteuil roulant est le plus attrayant des sports d’équipe en handisport. Surtout, il est accessible à des handicapés « relatifs », pas nécessairement paraplégiques, mais handicapés d’une jambe à la suite d’un accident. L’organisation actuelle de l’handibasket leur permettant une activité physique régulière dans un esprit de compétition.

La Fédération française de basket demandant une épreuve d’effort annuelle pour tous les arbitres de plus de 40 ans, mais leur handicap ne permettant pas de la réaliser sur cycloergomètre ou un tapis roulant(1), un test en action fut nécessaire, le Holter au cours d’un match m’est apparu comme la solution la plus pratique. Je remercie les clubs d’handibasket de Valence (Drome) et Saint- Péray (Ardèche) ainsi que leurs entraîneurs pour leur aide précieuse. Matériel et méthode Au cours d’un match de gala (All Stars 2017), j’ai enregistré grâce au Holter, l’ECG au cours du match de 4 joueurs correspondant pour chacun à un quarttemps soit huit minutes de jeu, j’ai enregistré 3 joueurs avants et un joueur arrière. Problèmes techniques La présence du fauteuil et surtout des mouvements des bras pouvant provoquer beaucoup de parasites, j’ai placé les électrodes dans la partie basse du thorax dans une position plus centrale (photo 1). Les règles du jeu de l’handibasket sont les mêmes que le basket-ball habituel, les joueurs ont seulement la possibilité de poser le ballon sur les genoux dans les phases de jeu nécessitant les deux bras pour la mobilisation de la chaise, ils font rebondir le ballon de la main droite, la roue gauche tournant avec la main gauche (photo 2). Enfin, pour pouvoir dribler, ils freinent l’une des roues avec l’avant-bras. En se servant de la vitesse de la chaise, en freinant ils augmentent l’énergie de leur shoot(2), et surtout, ils évitent de sortir de la surface de jeu. Pour éviter la bascule du fauteuil, ceux-ci sont équipés d’une roulette arrière, bricolée le plus souvent par le joueur lui-même (photo 3). Comme toutes les chaises roulantes utilisées pour le sprint, les roues font un angle de 15° par rapport à la verticale permettant une meilleure vitesse du pivot du basketteur(3). Méthode J’ai donc enregistré par Holter 4 joueurs différents pendant un quart-temps, soit 8 minutes. J’ai enregistré 3 attaquants et un arrière, celui-ci étant par ailleurs le plus âgé : 52 ans, les attaquants étant beaucoup plus jeunes : 2 x 26 ans et 39 ans. Enfin sur le premier joueur, j’ai enregistré l’échauffement durant 20 minutes : encore ici, il y a un handicap technique supplémentaire, le gymnase d’échauffement n’est pas contigu au terrain du match et les joueurs doivent passer à l’extérieur où régnait une température de -5°. Le but est d’évaluer les capacités cardiaques des joueurs et de pouvoir dépister des anomalies à type d’ischémie ou de troubles rythmiques. Résultats Âge des participants : 28,6 ± 19 ans. Intensité de l’effort : l’ensemble des joueurs effectuent un effort important correspondant à une moyenne de 73±41 % de la FMT, on note seulement une différence significative entre les avants et l’arrière : les avants atteignant 91 ± 5,8 % de leur FMT contre 85 % pour l’arrière qui est aussi le plus âgé : 52 ans. La figure 1 représente le rapport FMax/FMT : – durée de l’effort à la fréquence max : il atteint 25 % pour l’arrière contre 38,2 ± 23 % ; – la moyenne de l’ensemble des joueurs étant de 35,6 ± 23 %. L’handibasket est donc aussi un sport de sprint, correspondant au basket habituel dans la classification de Mitchell, c’est-àdire à composante dynamique élevée. Figure 1. Rapport FMax/FMT. Comparaison par rapport au basket Habituellement l’évaluation des basketteurs se fait par réalisation de sauts(4), il paraît bien difficile d’évaluer ainsi les joueurs d’handibasket, par contre on peut évaluer par chronométrage la vitesse linéaire du joueur et de sa chaise au bout du sprint, c’est-à-dire à proximité du panier. On obtient ainsi une vitesse moyenne de 22 à 25 km/heure correspondant à un temps de sprint de 2,80 secondes à 3 secondes correspondant à 20 mètres de course environ. Discussion Il apparaît donc possible d’évaluer l’ECG et l’adaptation CV des sportifs handicapés pratiquant l’handibasket par Holter, quelques trucs permettant d’obtenir un tracé dénué de parasites (figure 2). Figure 2. Tracé ECG. Il ressort de cette étude que l’effort pratiqué en handibasket est très soutenu, nécessitant un entraînement conséquent des athlètes. L’intensité du jeu entraîne un certain nombre de collisions entre les chaises roulantes, par contre les traumatismes sont rares. L’application des mêmes règles que le basket entraîne des scores plus bas en handibasket, il est en effet très difficile de shooter à 3 points en handibasket à cause de la distance et de la hauteur du panier. En pratique Il paraît possible de tester les sportifs évoluant en handibasket grâce au Holter, de façon à ce qu’ils ne soient pas deux fois handicapés en étant « oubliés » des cardiologues pour des raisons techniques et leur permettre d’être dépistés s’ils sont porteurs d’une coronaropathie, d’autant plus que de nombreux joueurs sont quadragénaires et au-delà.

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