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Risque

21 jan 2020

La consommation excessive de boissons sucrées ou édulcorées est-elle un problème de santé publique ?

Louis MONNIER, Montpellier

En préambule de leur publication, les auteurs rappellent que la consommation de boissons contenant des sucres ajoutés ou des édulcorants (« soft drinks ») est depuis plusieurs années dans le « collimateur » des autorités de santé. Très récemment une analyse conjointe des données américaines de la Health Professionals Follow-up Study et de la Nurses’ Health Study a montré une association entre consommation de soft drinks et augmentation de la mortalité quelle qu’en soit la cause. Les résultats rapportés dans le JAMA Internal Medicine concernent les données qui résultent du suivi d’une large cohorte d’individus habitant dans 10 pays européens (Danemark, France, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Norvège, Espagne, Suède et Royaume-Uni) et ayant participé à l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition). Cette étude a porté sur 451 743 sujets (71,1 % de femmes et 28,9 % d’hommes) âgés en moyenne de 50,8 ans. Le suivi moyen a été de 16,4 ans. Les consommations de « soft drinks » ont été recueillies puis quantifiées à partir de semainiers ou d’interviews pour établir un « beverage frequency recall » : nombre de verres de « soft drinks » consommées par mois, semaine ou jour, le volume du verre étant fixé arbitrairement à 250 ml. Les soft drinks ont été séparés quand cela était possible en boissons sucrées avec sucres ajoutés ou avec édulcorants. Étant donné que les évaluations nutritionnelles sont toujours aléatoires, la reproductibilité et la validité des données recueillies ont été vérifiées dans certains pays en répétant les enquêtes et en établissant la corrélation entre les résultats obtenus à différents moments.

Résultats Si on compare les sujets qui consomment au moins de 2 verres de soft drinks par jour à ceux qui consomment moins de 1 verre par mois, les résultats suivants sont observés en termes de hazard ratios (HR). • Mortalité totale quelle qu’en soit la cause - Pour l’ensemble des soft drinks (boissons obtenues par l’addition d’édulcorants + boissons obtenues par l’addition de sucres), HR = 1,17 [IC95% = 1,11-1,22] p < 0,001 ; - Pour les soft drinks obtenus uniquement par l’addition d’édulcorants artificiels, HR = 1,26 [IC95% = 1,16-1,35] p < 0,001 ; - Pour les soft drinks obtenus uniquement par addition de sucre, HR = 1,08 [IC95% = 1,01-1,16] p = 0,004. Par ailleurs, si on considère l’ensemble des soft drinks on note que les décès quelle qu’en soit la cause augmentent de manière significative quand l’augmentation de la consommation dépasse 1 verre par jour tout en restant en dessous de 2 verres (figure 1), HR = 1,10 [IC95% = 1,06-1,16]. Figure 1. Association entre la consommation de soft drinks et les décès quelle qu’en soit la cause. Le goupe de référence (HR = 1) est défini par une consommation de soft drinks inférieure à 1 verre par mois. • Maladies cardiovasculaires - Pour l’ensemble des soft drinks (boissons obtenues par l’addition d’édulcorants + boissons obtenues par l’addition de sucre), HR = 1,27 [IC95% = 1,14-1,40] p < 0,001 ; - Pour les soft drinks obtenus uniquement par l’addition d’édulcorants artificiels, HR = 1,52 [IC95% = 1,30-1,78] p < 0,001 ; - Pour les soft drinks obtenus uniquement par l’addition de sucre, HR = 1,11 [IC95% = 0,95-1,30] p = 0,16. Par ailleurs, comme précédemment, si on considère l’ensemble des soft drinks, on note que l’incidence des événements cardiovasculaires augmente de manière significative quand la consommation dépasse 1 verre par jour tout en restant en dessous de 2 verres (figure 2) HR = 1,19 [IC95% = 1,09-1,31]. Figure 2. Association entre la consommation de soft drinks et les décès de cause cardiovasculaire. Le groupe de référence (HR = 1) est défini par une consommation de soft drinks inférieure à 1 verre par mois. • Cancer colorectal La consommation de soft drinks quelle qu’en soit la nature est associée au décès par cancer colorectal : HR = 1,25 [IC95% = 1,07-1,47] p = 0,004, quand les sujets qui consomment moins de 1 verre par mois sont comparés à ceux qui consomment au moins 1 verre par jour. • Décès dus à des maladies digestives Seule la consommation de boissons sucrées à base de sucres ajoutés, est associée à ce type de mortalité, HR = 1,59 [IC95% = 1,24-2,05] p < 0,001, quand on compare les sujets qui consomment moins de 1 verre de boissons additionnées en sucre par mois à ceux qui en consomment entre un et deux par jour. Conclusion et interprétation Cette étude montre indiscutablement qu’une consommation élevée de boissons à goût sucré, qu’il s’agisse de boissons additionnées en sucre ou en édulcorants artificiels, est associée à une augmentation de la mortalité. En ce qui concerne les maladies vasculaires, seules les boissons à base d’édulcorants sont impliquées. En revanche, pour les décès liés à des maladies digestives, l’association est uniquement présente avec les boissons à base de sucres ajoutés. Quel est le facteur responsable de cette augmentation du risque ? Le premier qui vient à l’esprit est l’obésité, mais dans cette étude l’augmentation du risque persiste quand on ajuste les résultats sur l’index de masse corporelle. Pour les boissons avec sucres ajoutés, certains évoquent l’augmentation de la glycémie et l’hyperinsulinisme provoqués par l’ingestion des nutriments à fort index glycémique. À défaut de preuves, cette explication est purement spéculative. En revanche, cette explication même spéculative ne peut être retenue pour les boissons avec des édulcorants artificiels. Ceci soulève encore une fois le problème des dangers des édulcorants intenses (aspartame ou acésulfame) quand ils sont consommés de manière exagérée. Certains y trouveront matière à relancer une polémique qui dure depuis plusieurs décennies et qui n’a jamais reçu de réponse claire. Peut-être faudrait-il aussi se poser la question de la qualité de l’évaluation des consommations. La sous-déclaration des consommations, la variabilité des réponses au cours du temps chez un même sujet sont des erreurs classiques. Pour toutes ces raisons, les résultats de cette étude doivent être interprétés avec un esprit critique, car seules des études prospectives contrôlées seraient capables de dénouer le problème, mais sont-elles possibles ? Telle est la question. Publié par Diabétologie Pratique

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