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Cardiologie générale

01 jan 2018

Sessions scientifiques de l’AHA 2017 - Retour vers Anaheim (et le futur ?)

Jean-Yves LE HEUZEY, Hôpital européen Georges Pompidou, Université René Descartes, Paris

Les sessions scientifiques de l’American Heart Association 2017 se sont déroulées à Anaheim en Californie. Ce lieu est sans doute peu connu des plus jeunes cardiologues, c’est le berceau des parcs Disney, c’est là que le premier Disneyland a été créé en 1955. La capacité hôtelière importante explique la facilité d’y organiser de grands congrès. « Grands » est effectivement la question à se poser : ces sessions scientifiques 2017 étaient un grand congrès, les organisateurs ont annoncé 18 000 participants, mais c’est bien loin de ce que sont maintenant les congrès européens de l’ESC qui drainent plus de 30 000 participants.

L’« AHA » n’était pas venue à Anaheim depuis plus de 15 ans, époque où les lieux élus tournaient aussi entre Dallas, Atlanta et New Orleans et pour les plus anciens qui ont fréquenté ces réunions jusqu’ici incontournables, la situation a bien changé. Ces sessions scientifiques étaient traditionnellement celles où, d’une part, le niveau en termes de recherche était le plus élevé, recherches allant de la paillasse jusqu’au lit du malade et, d’autre part, celles où il était impératif que les meilleures études, qui allaient profondément modifier nos pratiques, se devaient d’être présentées. Ce n’est plus le cas, encore une fois, le congrès de l’ESC a supplanté dans ce dernier domaine celui de l’AHA. Le comité scientifique qui a construit Anaheim 2017 s’est orienté sur ce qui se voit couramment depuis plusieurs années au congrès de l’American College of Cardiology, c’est-à-dire des mises au point, certes de grande qualité, des études pragmatiques type meilleur parcours de soins, et même des cas cliniques, ce qui est fort respectable mais traduit un changement radical d’orientation. On y a vu beaucoup, également, et c’est moins passionnant, des études post-hoc ou de sous-groupes de patients inclus dans de grands essais déjà présentés. Dernier point à souligner pour illustrer cette relative perte d’attractivité, le développement des congrès américains de surspécialités qui sont actuellement des succès, comme par exemple HRS (Heart Rhythm Society) ou TCT (Transcatheter Cardiovascular Therapeutics) qui se sont déroulés précédemment à Chicago et à Denver. Ce retour vers Anaheim n’a donc pas toujours été un retour vers le futur ! On peut le regretter en ce qui concerne la « basic science » qui doit rester une source d’idées pour le clinicien afin qu’il puisse développer des études plus directement proches du patient. Cette partie, autrefois atout majeur de ce congrès, a maintenant une place beaucoup plus réduite. Du futur, il y en avait toutefois un peu mais il faut moins le rechercher du côté de la recherche fondamentale, du médicament ou des grandes stratégies thérapeutiques que du côté des dispositifs et des idées originales en cardiologie interventionnelle, comme par exemple l’évolution vers de nouvelles valves transcutanées, ou encore des idées originales et parfois surprenantes comme la mise en place d’un sac péricardique ou encore la création d’une communication interauriculaire à visée thérapeutique. Le domaine de la rythmologie a été un exemple parfait illustrant cette relative pauvreté en études originales présentées dans les sessions « Late Breaking Trials ». Seules deux « grandes » études nouvelles ont été rapportées. La première était une étude japonaise (ABRIDGE-J) sur l’ablation de la fibrillation atriale chez les patients recevant du dabigatran. Il ne s’agissait que d’une sorte de copie de l’étude RE-CIRCUIT présentée en mars dernier au congrès de l’American College of Cardiology, avec une méthodologie a priori plus contestable. La seconde était bien meilleure, elle émanait de nos collègues canadiens, il s’agit de l’étude BRUISE-CONTROL 2. Ils ont comparé deux groupes de patients anticoagulés pour une fibrillation atriale lors de l’implantation d’un dispositif, pacemaker ou défibrillateur, selon que les anticoagulants oraux directs qu’ils recevaient ont été arrêtés 48 heures ou poursuivis sans interruption. Il n’y a aucune différence significative entre les deux groupes, il y a exactement le même nombre d’hématomes (7), de tamponnade (1) et d’accidents vasculaires cérébraux (1) dans chacun des deux groupes de plus de 330 patients. La conclusion est très pragmatique : si l’implantation est programmée, on peut arrêter 48 heures les anticoagulants oraux directs, cela rend l’implantation plus « confortable », si l’on est plus dans l’urgence relative et/ou qu’il faut plutôt éviter un arrêt chez des patients à plus haut risque thromboembolique (après cardioversion ou ablation par exemple) on peut implanter sans interruption de l’anticoagulant oral direct. Le souvenir que les cardiologues garderont de cet AHA 2017 californien est donc plutôt mitigé : place au pragmatisme, moins de recherche, la première proposition est satisfaisante, la seconde l’est beaucoup moins, il faut aussi penser à revenir vers le futur !

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