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Cardiologie générale

01 sep 2017

Un DU de santé connectée : pour qui, pourquoi ?

Gérard LAMBERT, Paris

L’université Paris-Diderot et le Centre de Responsabilité Santé Connectée (CRSC) du pôle « Cœur-Vaisseaux » de l’hôpital Bichat-Claude Bernard (AP-HP) ouvrent une formation dédiée aux personnes qui souhaitent s’impliquer dans des projets de e-santé : le diplôme universitaire multidisciplinaire en santé connectée. Ce DU est coordonné par le Dr Boris Hansel et le Pr Patrick Nataf que Cardiologie Pratique a rencontrés.

Cardiologie Pratique – Patrick Nataf, vous êtes chirurgien cardiaque. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la santé connectée et à organiser un DU ? Patrick Nataf - En plus de mon parcours chirurgical et de ma fonction actuelle de responsable du pôle cœur-vaisseaux de l’hôpital Bichat, j’ai pu suivre des formations à Sciences Po Paris et à l’ESSEC. Au sortir de ces écoles, j’ai pu constater qu’en France, l’organisation et les modèles économiques concernant les technologies numériques en santé ne demandent qu’à être davantage développés. Malgré les très nombreux projets en cours de réalisation, les équipes médicales n’ont pas été formées pour structurer de nouvelles méthodes de travail pour la pratique médicale courante. Le progrès technologique en e-santé est surtout lié à la conception d’objets connectés mis essentiellement au point par des ingénieurs et développeurs pour le compte d’entreprises visant surtout le grand public et utilisés essentiellement à des visées de bien-être. Le rôle et les besoins du médecin dans sa pratique n’ont pas été, sauf rares exceptions, jusqu’à présent la préoccupation première de cette nouvelle industrie. La santé connectée n’est cependant pas enseignée au cours des études médicales, ni dans les cursus de formations des paramédicaux et administratifs. Avec Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à Bichat, Nous avons pensé qu’il fallait maintenant coordonner un enseignement qui permettra à tous les nouveaux acteurs (professionnels de santé, administratifs, ingénieurs, développeurs, juristes, startuppers, etc.) qui souhaitent participer au développement de la santé connectée de se rencontrer et de développer des projets communs pour une nouvelle organisation de soins de qualité. Notre réflexion nous a conduits à créer ce diplôme universitaire multidisciplinaire de santé connectée.   CP – Avez-vous des programmes de santé connectée en cours dans votre service ? Patrick Nataf - Le pôle cœur-vaisseaux de l’hôpital Bichat regroupe les services de diabétologie-nutrition, neurologie, cardiologie et chirurgie cardiaque. Les équipes de ces services sont déjà fortement impliquées dans des activités cliniques et de recherche sur les thématiques d’e-santé. Nous avons ainsi créé au sein du pôle cœur-vaisseaux une structure particulière totalement dédiée à l’étude et à l’utilisation des technologies numériques en pratique médicale : le CRSC, Centre de Responsabilité en Santé Connectée. Il s’agit d’une unité clinique transversale qui regroupe les personnels élaborant ou participant à des projets d’e-santé. Boris Hansel - Nous avons par ailleurs développé une forte collaboration avec l’IUT de la faculté Paris-Diderot avec lequel des projets de création d’objets connectés sont en cours. La dimension recherche est évidemment très présente, en collaboration avec l’unité Inserm du Dr Didier Letourneur. C’est dans cet écosystème regroupant le soin, la recherche, et désormais l’enseignement, que plusieurs projets ont été ou vont être prochainement concrétisés. On peut citer l’étude ANODE qui a démontré le bénéfice d’un programme d’accompagnement nutritionnel de l’obésité et du diabète par e-coaching. Deux expérimentations en chirurgie cardiaque sont en préparation, l’un pour réduire la durée d’hospitalisation après pontage coronaire, l’autre pour la télésurveillance des patients greffés cardiaques. Nous démarrons également en janvier prochain un essai clinique national randomisé, financé par le ministère de la Santé, testant un outil d’e-coaching incluant des objets connectés chez des patients obèses et/ou à risque cardiovasculaire. Et toujours à la frontière entre la nutrition et la cardiologie, nous sommes en train de tester un programme de télésuivi de l’hypercholestérolémie des patients coronariens.   CP – Y a-t-il des domaines en cardiologie où la santé connectée semble très adaptée, voire incontournable aujourd’hui ? Patrick Nataf - En rythmologie, avec les pacemakers qui télétransmettent, c’est déjà une réalité quotidienne. C’est pourquoi le Pr Antoine Leenhardt, qui s’occupe d’un programme de santé connectée en rythmologie, intervient dans le DU. Nous devons également, bien sûr, citer les programmes portant sur le suivi de l’insuffisance cardiaque qui sont déjà extrêmement avancés.   CP – À qui s’adresse ce DU que vous avez créé ? Patrick Nataf - Ce diplôme universitaire est accessible aux soignants, aux administratifs, startuppers, informaticiens et investisseurs qui souhaitent acquérir des connaissances et compétences pour mener à bien des projets de santé connectée. Il n’y a pas de prérequis particulier pour bénéficier de la formation car nous avons conscience que les projets d’e-santé font collaborer des personnes d’horizons professionnels très divers. Il nous semble important de regrouper au sein d’une même formation ces diverses compétences. Chacun pourra acquérir ce qui lui manque et partager ses compétences avec les autres.   CP – La santé connectée est un domaine très vaste, qui va des objets connectés à la télémédecine en passant par les bases de données ou le recueil de données dans les essais cliniques ? Avez-vous privilégié des axes particuliers dans votre DU ? Boris Hansel - La formation passe en revue l’ensemble des facettes de la santé connectée. Il y a un module télémédecine, qui est un domaine bien défini, qui fait aujourd’hui l’objet d’un décret d’application et d’un remboursement. Mais cela serait artificiel de tout centrer seulement sur ce seul aspect de la santé connectée. Nous avons voulu que le programme soit très pratique, qu’il réponde à des questions que nous nous étions posés nous-mêmes et qu’il donne les principes permettant de résoudre des problèmes concrets de prise en charge des patients avec des outils modernes.   CP – Une journée est consacrée à la construction d’un projet en e-santé et un programme doit être élaboré en fin de cursus. L’objectif est-il que les médecins investissent ce champ ? Patrick Nataf - Oui, cela nous paraît absolument indispensable. Pour l’instant ce sont de grandes sociétés qui proposent des objets pour le bien-être, mais nous, médecins, nous pouvons douter de leur utilité dans notre pratique quotidienne. Inciter les praticiens à se former dans ce domaine, c’est les encourager, à partir de leurs besoins médicaux, à créer, avec les ingénieurs, des objets qui répondent à leurs exigences. C’est aussi pour cette raison que nous nous adressons à un public venu d’horizons différents.   CP – Concrètement, comment est organisée la formation ? Boris Hansel - Le DU se déroule en 4 journées présentielles réparties sur l’année universitaire 2017- 2018. Il inclut un enseignement magistral, des travaux pratiques et des enseignements dirigés. Cet enseignement présentiel, qui est l’occasion de favoriser les échanges entre professionnels, est complété par 25 heures d’e-learning créées en collaboration avec notre partenaire de formation continue medscape.fr. Tout est fait pour faciliter la participation des professionnels déjà très occupés et rendre le DU accessible à des personnes de toute la France et de l’étranger.   CP – L’afflux de données télétransmises ne pose-t-il pas un problème, notamment en cardiologie (pacemaker, défibrillateur, etc.) de recueil des données et de responsabilité ? Boris Hansel - En effet, ces technologies fonctionnent parfaitement, mais elles soulèvent des questions qui ne sont absolument pas résolues : des questions juridiques autour de la sécurisation des données qui viennent de l’extérieur ; des interrogations sur la responsabilité du médecin vis-àvis des données qui lui sont transmises ; enfin, un problème d’organisation du système de santé car il n’existe pas pour l’heure de financement consacré à la gestion de ces données. Cette organisation varie beaucoup d’un centre à l’autre puisqu’il n’existe pas de modèle validé. On peut espérer que les champs d’application des décrets concernant la télémédecine soient élargis à ce type de situations, à partir du moment où la preuve de l’efficacité des protocoles a été faite. Patrick Nataf - Cela est actuellement vrai en rythmologie, mais aussi pour d’autres applications, comme la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque. Dans les plateformes qui existent actuellement, ce sont souvent des infirmières dédiées qui reçoivent les données et qui, en fonction de niveaux d’alerte prédéfinis, retransmettent ou pas l’information au médecin après contact avec le patient. Cela montre par ailleurs que si tout le monde veut faire de la télémédecine, personne ne sait exactement quelle est la meilleure organisation pour son fonctionnement. C’est l’un des objectifs du DU, soulever l’ensemble des problèmes posés, d’ailleurs des juristes interviennent pour expliquer le cadre légal qui pourrait s’appliquer à ces situations.   CP – De combien de places disposez-vous dans ce DU ? Boris Hansel - Dès que nous avons mis l’information en ligne, sans communiquer sur l’ouverture du DU, nous avons eu d’emblée une dizaine de personnes, françaises mais aussi de l’étranger, qui ont manifesté leur intérêt. Cette année, nous avons une capacité de 50 places.   CP – Pensez-vous que la France soit très en retard sur la santé connectée et craignez-vous une mainmise des GAFA ? Patrick Nataf - Je ne crois pas que la France soit en retard. Il y a en effet des grands groupes qui détiennent la technologie et peuvent la déployer, mais la technologie seule ne fait pas la santé. Le problème aujourd’hui c’est de savoir comment utiliser cette technologie pour faire une meilleure médecine. Renseignements en ligne : www.medecine-connectee.fr Propos recueillis par G. LAMBERT  

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