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Diabéto-Cardio

05 mar 2019

Prévention des maladies cardio-métaboliques : les fibres plus déterminantes que la charge glycémique !

Jean-Louis SCHLIENGER, Strasbourg

La famille des hydrates de carbone alimentaires (CHO) est riche et complexe. Elle rassemble les sucres dits « simples » dont le chef de file est le saccharose, les polysaccharides complexes comme l’amidon et les fibres alimentaires. À l’exception des fibres, les CHO sont la principale source d’énergie, n’en déplaise à ceux qui mènent actuellement une campagne « anti-sucre » sans nuances, mettant dans le même bain l’ensemble des membres de la famille. Il est vrai que la majorité des études se sont attachées à décrire une relation causale entre la consommation de saccharose ou de sirop de fructose et le surpoids et la carie dentaire sans considérer l’ensemble des CHO.

Cette métaanalyse de cohortes prospectives et d’essais contrôlés a eu pour but de préciser l’impact de la nature et de la quantité de CHO consommés sur la mortalité globale et cardiovasculaire, sur l’incidence des maladies non transmissibles et sur les principaux facteurs de risque. Au total ont été inclus 185 cohortes soit 135 millions personnes/années et 58 essais cliniques regroupant 4 635 participants. Les études effectuées chez des sujets malades ou à visée d’amaigrissement n’ont pas été retenues. En comparant les grands consommateurs aux faibles consommateurs de fibres alimentaires, il apparait que la consommation de fibres est associée à une diminution de 15 à 30 % de la mortalité toutes causes, de la mortalité cardiovasculaire et de l’incidence des maladies ischémiques du cœur, des AVC, du diabète de type 2, du cancer colorectal et du cancer du sein. Ce constat issu des études de cohorte est cohérent avec les modifications des principaux facteurs de risque observées au cours des études d’intervention où un niveau élevé d’apport en fibres est associé à une diminution de la corpulence, de la pression artérielle systolique et de la cholestérolémie totale. L’amélioration s’accroît avec la dose de fibres consommées et est optimale pour une consommation journalière de l’ordre de 25 à 29 grammes. Des résultats comparables sont observés avec les céréales complètes. L’effet protecteur des fibres est moins marqué ou disparaît lorsque leur ingestion est associée à une alimentation à charge glycémique élevée. Le niveau de preuve de la relation entre la nature des CHO, la mortalité et l’incidence des maladies non transmissibles a été jugée modéré pour les fibres, de faible à modéré pour les céréales entières et de faible à très faible pour l’index glycémique et la charge glycémique, ce qui met en exergue le rôle protecteur prépondérant des fibres sur celui néfaste des sucres simples. C’est là une des originalités de cette métaanalyse par rapport à celles qui l’ont précédée que de souligner le rôle des fibres puisque les aliments glucidiques pauvres en fibres ont un index glycémique élevé et majorent la charge glycémique. L’existence d’une courbe dose-réponse à tendance linéaire plaide en faveur d’une relation de causalité (figure). La majoration des apports en fibres et la substitution des glucides raffinés par des glucides complexes sous forme de céréales entières est manifestement bénéfique pour la santé même chez des sujets indemnes de pathologie caractérisée. Ces conclusions claires, convaincantes et cohérentes ne doivent pas être travesties au profit de la cabale contre les sucres en général. Oui, les sucres ajoutés dans nombre de denrées transformées et surtout dans les boissons sucrées ne doivent pas être consommés sans restriction, le seuil fixé à 10 % de la ration énergétique par l’OMS et les agences de santé pouvant même être réduit à 5 % pour les auteurs de cette métaanalyse. Oui, une alimentation à index glycémique et à charge glycémique élevés est associée la mortalité globale et à l’incidence des maladies cardio-métaboliques mais de façon marginale par rapport aux méfaits d’une dotation faible en fibres et en céréales complètes. Plusieurs recommandations de prévention primaires peuvent être formulées à partir de ces résultats provenant de données épidémiologiques et expérimentales : - augmenter l’apport en fibres à plus de 25 g/jour (il est majoritairement inférieur à 20 g) ; - privilégier la consommation de céréales complètes ; - réduire la part des aliments dits « raffinés » qui, par définition, sont pauvres en fibres et ont un index glycémique élevé. La prévention des maladies cardio-métaboliques passe prioritairement par une majoration de l’apport en fibres en augmentant la consommation de produits céréaliers peu raffinés et en maitrisant, sans interdits abusifs, la part du sucre, vecteur d’un plaisir alimentaire légitime, à hauteur de 5 à 10 % de la ration. A.  B.  Figure. A) diminution de l’incidence du diabète de type 2 avec l’apport journalier en fibres ; B) augmentation modeste de l’incidence du diabète avec l’index glycémique. Publié par Diabétologie Pratique

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