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Carte postale

Publié le 31 déc 2007Lecture 3 min

L’institut Cardiovasculaire de Tanger

F. BELAOUCHI, Tanger

À 32 ans, j’ai quitté Paris et le confort douillet de Cochin, bien décidé à empoigner la vie, certain d’arriver à mes fins » : c’était ne pas imaginer que le chemin dans lequel je m’engageais « le cœur léger et le portefeuille mince » allait être si… tortueux.

Retour aux sources L’idée était de revenir à Tanger (Maroc) pour monter une petite structure de cathétérisme, pas plus grande qu’un camion comme ceux utilisés dans certaines contrées pas si lointaines. Le croquis de la structure – cadeau d’anniversaire d’un ami cardiologue doué en architecture –, tenait sur un bout de nappe de pizzeria : quelques chambres scopées avec la salle de coronarographie au bout du couloir. L’aventure pouvait commencer. L’achat du terrain et les frais d’architecte ayant eu raison de mes économies, je me mis en quête d’un financement pour le projet. Mais « on ne prête qu’aux riches » : cette devise devrait être inscrite au fronton des banques, tout le monde gagnerait du temps et le temps… Fort heureusement, un coup de pouce haut placé me permis d’obtenir un financement. En entrant dans le bureau de la Commune chargé de délivrer les permis de construire, le préposé examinant le dossier eut cette phrase sibylline et prémonitoire : « Vous n’êtes pas sorti de l’auberge ». En effet, il fallut un an pour obtenir le précieux sésame. Un sacré chantier ! Les inondations pendant les fondations, l’entrepreneur qui part avec la caisse, le tribunal pour reprendre les travaux, la grève des ouvriers, les murs pas droits, les piliers porteurs bloquant l’entrée des urgences puis l’enfer des finitions… et pas moins de 3 ans pour un rez-de-chaussée, deux bu-reaux et un vestiaire à l’étage. Bien qu’un peu compliquée, l’installation de la salle de cathétérisme fut l’un des rares moments de plaisir durant cette période. L’obtention de l’autorisation d’exercer fut pour moi l’occasion de méditer un vieux proverbe chinois : « Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ». Les adversaires les plus acharnés à l’ouverture du centre furent quelques collègues, peu nombreux, mais très préoccupés par la défense de leur pouvoir d’achat ! Heureusement, avec les amis, les maîtres et les gens de bonne volonté, la raison a fini par l’emporter. La route est longue Le plus dur lors de la première coronarographie est de piquer l’artère radiale alors que la main de l’opérateur est animée d’irrépressibles mouvements cloniques involontaires et désordonnés. Première satisfaction, une sténose serrée de l’IVA moyenne, première désillusion aussi, le patient a préféré se faire dilater ailleurs. Long is the road. Puis le premier infarctus, une circonflexe native chez un patient ponté, première heure de gloire. Et le premier échec, le premier désespoir. La majorité de la population coronarienne est diabétique, sans prise en charge et peu informée. De sorte que les patients arrivent souvent au stade de l’insuffisance cardiaque majeure voire du choc cardiogénique avec un réseau coronaire détruit. Difficile de briller… Le quotidien se partage entre les consultations, quelques Holters ECG, une épreuve d’effort. Il faut convaincre les patients de l’utilité d’un examen diagnostique coûteux, gagner leur confiance pour le faire et en négocier le prix. Une « dilatation » pour ré-compense. Il faut ajouter à cela la gestion du stock de matériel avec des distributeurs peu fiables sur les dates de livraison mais intransigeants sur les délais de paiement. Victor Hugo écrivait : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Je suis vivant ! Longue vie aussi à CATH’LAB.

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